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Commission pour le dialogue interculturel

Le dialogue prend forme

3 février 2005, Christian Desert
 

Le premier rapport de la Commission pour le dialogue interculturel a été rendu public le 8 décembre dernier. 10 mois de travail et 160 auditions ont permis de dégager un certain nombre de pistes d’action. Un aperçu avec Thérèse Mangot, vice-présidente du Mrax et membre de la Commission.

Dans ce rapport, on trouve un travail de définition et d’analyse, puis une série de propositions d’action. Certaines font l’unanimité au sein de la Commission, d’autres non. Quand il n’y a pas unanimité, différentes alternatives sont présentées. Ce n’est qu’une première étape ?

Oui, ce n’est encore qu’un rapport intermédiaire. Les membres de la Commission ont d’abord dû apprendre à se connaître, à élaborer une pensée commune à propos des notions sur lesquelles le rapport allait porter : le pluralisme culturel, la neutralité de l’Etat, etc. Nous nous sommes aussi mis d’accord sur quelques constats de départ. Il me paraît important d’avoir pu affirmer d’emblée que la Belgique est un pays multiculturel et que si cette réalité est un fait, elle n’est pas pour autant une évidence. Des politiques intelligentes doivent continuer à être élaborées, au même titre que les pouvoirs publics ont déployé, par le passé, beaucoup d’efforts pour organiser et garantir le pluralisme philosophique, politique et linguistique de la Belgique. Nous avons aussi veillé à ne pas confondre les questions cultuelles et culturelles, trop souvent amalgamées dans le discours politique, médiatique et l’opinion publique. De manière analogue, la Commission a été attentive à ne pas ethniciser les problèmes sociaux. Si les populations immigrées sont souvent touchées par les problèmes de pauvreté, ils ne leur sont pas spécifiques. Il est plus judicieux de parler soit en termes de discriminations liées à l’origine ou d’éléments culturels à prendre en compte.

Lors du lancement de la Commission, on a à nouveau évoqué le respect du fameux « socle de valeurs communes », des « principes intangibles de la démocratie ». Votre travail de définition et d’analyse a permis de donner un contenu critique à ces discours assez vagues ?

Oui, nous avons d’abord du nous demander ce qu’est la démocratie en Belgique, le pluralisme culturel, etc. C’était un grand détour pour revenir ensuite au dialogue interculturel mais il était nécessaire. C’est un acquis. Il s’agira surtout, dans les mois qui viennent, de le compléter et d’approfondir les propositions trop peu opérationnelles.

Le ministre Dupont n’a pas paru s’engager beaucoup lors de la remise officielle du rapport...

Il s’est engagé à activer ce qui le concerne au niveau fédéral mais les propositions de la Commission relèvent en majorité d’autres niveaux de pouvoir que le fédéral. Le ministre s’est tout de même engagé à organiser une conférence interministérielle, les communautés et régions seront amenées à se positionner par ce biais. Le Musée de l’immigration, par exemple, ne verra pas le jour sans un accord interministériel, ne serait-ce que d’un point de vue financier. L’initiative du ministre est donc pertinente.

Que contient le rapport en matière de lutte contre le racisme ?

Les membres de la Commission ont été unanimes pour regretter que le droit de vote pour les ressortissants non-Européens ne soit pas assorti du droit d’éligibilité ; ils proposent de rectifier cette discrimination ! Le rapport insiste aussi sur les mesures visant à intensifier la lutte contre le racisme et les discriminations, une meilleure effectivité de la loi Moureaux entre autres. Nous avons également entamé une réflexion, assez compliquée du reste, sur la pertinence des statistiques ethniques.

Et concernant l’enseignement ?

En qui concerne l’enseignement, l’idée d’un cours portant sur l’histoire des trajets migratoires dans le secondaire est très intéressante, de même que l’introduction d’un cours général de philosophie, ainsi que d’histoire des religions et des civilisations. Ce cours serait dispensé en plus des cours confessionnels.

La Commission insiste sur la nécessité de ne pas amalgamer culture et culte. Dans le même temps, il est de fait souvent question de la reconnaissance des cultes, le culte musulman notamment.

Oui, nous voulions montrer l’importance de lutter pour la reconnaissance culturelle. Il n’empêche que plusieurs passages sont consacrés au culte.. Cela a fait l’objet de beaucoup de discussions. Par ailleurs, nous avons mis l’accent sur le fait que, trop fréquemment, lors de rencontres organisées par le monde politique et se voulant interculturelles, on ne convie que les représentants du culte, au détriment de la vie associative des personnes d’origine étrangère. Les cultes ne doivent pas avoir le monopole de la représentation des populations issues de l’immigration.

Un des thèmes centraux avancé par Marie Arena au départ, était l’égalité femmes-hommes. C’est un souci récurrent dans le rapport...

Il y avait, au sein de la Commission, une forte tendance à insister sur la question de l’égalité femmes-hommes. Je précise que cette question du genre, de même que celles de la citoyenneté ou de la démocratie, ne se posent pas uniquement aux populations issues des immigrations !

Une journée d’étude consacrée à la façon d’aborder le dialogue interculturel en France, en Angleterre, en Hollande et en Allemagne a eu lieu au cours des travaux de la Commission. Vous a-t-elle aidé à faire avancer votre réflexion ?

Ce fut une journée intéressante. Il est apparu que la France, avec sa conception de la laïcité et de la république, est vraiment un cas particulier par rapport à ses pays voisins. L’ancien bourgmestre d’Amsterdam nous a agréablement surpris par un discours très ouvert, une conception de l’accueil tenant véritablement compte de la diversité.

Le rapport est aussi bien francophone que flamand ?

Oui, tout à fait, la Commission est composée à égalité de francophones et de néerlandophones. Les néerlandophones ont d’ailleurs souvent joué un rôle déterminant dans le soutien apporté aux propositions les plus progressistes. A relever cependant, en Flandre, une contradiction frappante entre une reconnaissance, dans le sens positif du terme, de la réalité des minorités ethniques, accompagnée d’une politique d’"imburgering" basée sur des mesures coercitives. Cette tendance ne se retrouve toutefois pas dans nos propositions. Au contraire, elles vont dans le sens de la concertation plutôt que de la coercition.

Marie Arena avait formé une Commission suite à plusieurs agressions antisémites et islamophobes. Nous avons déjà évoqué la reconnaissance du culte musulman. En ce qui concerne la lutte contre l’antisémitisme, il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas grand chose de concret dans ce rapport...

Oui, c’est vrai mais il devra se concrétiser justement par des initiatives de dialogue entre personnes d’origine diverses.

C’est un travail très synthétique, il pourrait servir aussi d’outil pédagogique dans l’enseignement...

Ce rapport fait le point de toute une série de choses dites depuis 15-20 ans dans différents lieux et d’instances. C’est effectivement intéressant d’avoir ramassé toutes ces questions sur la religion, la citoyenneté, le racisme dans un seul document.


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