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Lettre ouverte relative aux « Belges entre guillemets »...

Quand la ponctuation corrompt la citoyenneté !

27 décembre 2005, Radouane Bouhlal
 

Quand la présidente du Sénat parle de Belges entre guillemets, le MRAX n’a le choix que de réagir... Lettre ouverte de Didier de Laveleye et de Radouane Bouhlal.

Madame la Présidente, Chère Madame Lizin,

Interviewée (1) sur votre prochain déplacement sur la base de détention de Guantanamo, vous avez dernièrement désigné deux de nos concitoyens rapatriés depuis cette base, de « Belges entre guillemets ».

Cela a soulevé nombre d’indignations. L’expression est tellement caricaturale et maladroite que, malgré les très nombreuses réactions reçues, le Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX), la plus ancienne organisation antiraciste belge, n’a pas souhaité préparer une réaction particulière, franchement convaincu que vous alliez, d’une manière ou d’une autre, vous expliquer et/ou présenter des excuses. Aujourd’hui, le MRAX a le sentiment que vous misez sur une prescription, ce qu’il n’accepte pas.

Précisément, à ces guillemets, le MRAX formule un double point d’interrogation :
- mettez-vous ces deux individus entre guillemets en raison de leurs prétendus actes, qui, de par le fait qu’ils furent présumés terroristes, ne leur permettraient pas, à votre estime, de continuer à se revendiquer pleinement belges ? ou
- mettez-vous ces deux individus entre guillemets en raison de leurs origines, puisqu’ils sont tous deux issus d’une immigration récente ?

Dans le 1er cas, le MRAX marque des points de suspension face à une conception qui fantasme notre culture belge comme une civilisation d’excellence. Dans le 2ème cas, le MRAX marque un point d’exclamation devant une stigmatisation à relent xénophobe.

En toute hypothèse, en mettant des Belges entre guillemets, c’est notre citoyenneté commune que vous mettez entre parenthèses. Notre Etat de droit s’est construit, notamment, sur le refus des sous-nationalités. Donner le sentiment, comme vous l’avez fait, qu’il existerait des Belges avec et sans guillemets induit de facto à instaurer une hiérarchie entre concitoyens sur la base du « bon usage » de leur nationalité et renforce, par là-même, un climat favorable à la discrimination.

Peut-être vos mots ont-ils dépassé votre pensée ? C’est probablement le cas, vu le sens de l’Etat qu’inspire votre responsabilité de Présidente du Sénat. Aussi, et pour mettre un point final à nos interrogations, nous vous demandons de bien vouloir donner des explications et/ou présenter des excuses à tou-te-s celles et ceux parmi nous qui, au-delà de leurs actes ou de leur origine, se sentent belges sans « vos » guillemets.

En vous souhaitant de bonnes fêtes de fin d’année, nous vous prions d’agréer, Madame la Présidente, chère Madame Lizin, l’expression de notre parfaite considération.

Radouane BOUHLAL, Président

Didier de LAVELEYE, Directeur

Lettre parue comme carte blanche dans Le Soir du 27 décembre 2007.


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