En
Belgique, un étranger qui commet un délit peut être
banni du territoire à l'issue de sa peine de prison... Cette
mesure est inhumaine, illégale et inégale! Elle doit être
supprimée...
1 Qu'appelle-t-on
double peine?
Il s'agit d'une mesure prononcée par le Ministre
de l'Intérieur ou par le Roi, qui vise à expulser l'étranger
délinquant vers son pays dit "d'origine". Le bannissement,
prononcé pour une durée de 10 ans, est exécuté
après la peine de prison. Il ne s'agit donc pas d'une peine en
tant que telle, puisque la mesure d'expulsion n'est pas prononcée
par un juge à la suite d'un débat contradictoire. Evidemment,
aux yeux de l'étranger concerné, l'expulsion est vécue
comme une sanction qui s'ajoute à la détention...
2 Quels sont les
objectifs officiels du bannissement?
L'objectif officiel du bannissement est de protéger
l'ordre public. En décidant d'expulser un étranger à
l'issue de sa peine de prison, les autorités considèrent,
ou feignent de considérer, que la présence de cet étranger
sur le territoire belge constitue un danger pour la sécurité
nationale. Alors que le Belge qui a purgé sa peine est présumé
avoir payé sa dette à la société, l'étranger,
lui, est donc considéré comme intrinsèquement "non
récupérable"
3 Qui est concerné
par la "double peine"?
Tout étranger non-européen condamné
à une peine de prison peut être expulsé dès
sa sortie de prison. Vu le caractère discrétionnaire (arbitraire?)
de la décision, il est très difficile d'avancer des chiffres.
Néanmoins, on estime que le nombre d'étrangers bannis
atteint actuellement la trentaine par an. De nombreuses personnes visées
par un arrêté d'expulsion ont voulu régulariser
leur situation sur base de la loi de 1999
en vain.
4 Quelle est la
réglementation actuelle?
La possibilité pour le Ministre ou le Roi de
décider d'une mesure de bannissement est prévue par les
articles 20 et 21 de la loi du 15 décembre 1980 sur l'accès
au territoire, le séjour, l'établissement et l'éloignement
des étrangers. Dix ans plus tard, afin d'encadrer quelque peu
ce pouvoir, une première circulaire émanant du Ministre
de la Justice Melchior Wathelet a précisé les cas pour
lesquels une mesure de bannissement n'était pas souhaitable.
Une autre circulaire, plus détaillée, a été
édictée en 1995 par Johan Vande Lanotte. Enfin, à
l'occasion du Conseil des Ministres du 19 juillet 2002, le gouvernement
actuel s'est mis d'accord pour élaborer une nouvelle circulaire
sur le sujet. Ne seraient plus expulsables:
- les étrangers qui ont séjourné
légalement sur notre territoire depuis au moins 20 ans;
- les étrangers nés en Belgique ou
qui y sont arrivés avant l'âge de 12 ans;
- les chefs de famille condamnés à
une peine d'emprisonnement inférieure à 5 ans.
Si cette circulaire constitue une - trop timide -
avancée, il faut déplorer que le Ministre de l'Intérieur
actuel la maintienne confidentielle, entretenant ainsi le flou de la
situation et limitant le nombre de personnes susceptibles d'en bénéficier.
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Pourquoi réclamer l'abolition pure et simple de la double
peine?
La double peine est contraire
aux principes fondamentaux de
notre système pénal
Notre système pénal tend à permettre
à l'auteur d'une infraction de s'amender et de se réinsérer
dans la société. En expulsant l'étranger condamné
au terme de sa détention, on supprime de facto toute possibilité
de réinsertion. En outre, la double peine viole le principe selon
lequel on ne peut être condamné deux fois pour le même
fait.
La double peine est source
de discriminations
Tous les étrangers condamnés
en Belgique ne sont pas expulsés. C'est le Ministre qui choisit
de manière arbitraire ceux qui le seront. Il y a donc là
discrimination entre individus. Et en prison aussi, la double peine
est source de discriminations importantes: privé de son droit
au séjour sur le territoire, le détenu ne pourra forcément
pas bénéficier de congés pénitentiaires,
ni d'une éventuelle libération conditionnelle.
La double peine viole le droit au mariage et au
respect de la vie familiale
Le droit au mariage et au respect de la vie familiale
est garanti par la Convention européenne des droits de l'Homme.
En étant expulsé alors qu'il est né ou qu'il a
vécu en Belgique, l'étranger se voit coupé de sa
famille. De plus en plus régulièrement, la Cour européenne
des droits de l'Homme condamne d'ailleurs l'Etat qui prononce une mesure
de bannissement à l'encontre d'un homme ou d'une femme dont les
attaches sociales et familiales demeurent, de toute évidence,
sur le territoire de cet Etat.
La double peine est inefficace
La majorité des étrangers soumis à
une mesure de bannissement resteront de toute façon en Belgique,
mais dans la clandestinité. Quant à ceux qui acceptent
de partir, la plupart reviendront très vite de leur pays dit
"d'origine" (dont souvent ils ne parlent même pas la
langue et avec lequel, a fortiori, ils n'ont aucuns liens sociaux, culturels
et familiaux), pour se rapprocher clandestinement de leurs proches restés
en Belgique. Résultat: au lieu de protéger l'ordre public,
la double peine contribue à maintenir ceux qui la subissent dans
l'illégalité, ce qui n'est de toute évidence pas
un facteur de maintien de l'ordre public
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